• OPHELIA

    Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
    La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
    Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
    - On entend dans les bois lointains des hallalis.

    Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
    Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
    Voici plus de mille ans que sa douce folie
    Murmure sa romance à la brise du soir.

    Le vent baise ses seins et déploie en corolle
    Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
    Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
    Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

    Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
    Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
    Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
    - Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

    II

    Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
    Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
    - C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
    T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

    C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
    A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
    Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
    Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

    C'est que la voix des mers folles, immense râle,
    Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
    C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
    Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

    Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
    Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
    Tes grandes visions étranglaient ta parole
    - Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !


    III


    - Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
    Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
    Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
    La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

    ARTHUR RIMBAUD

  • Commentaires

    1
    Dimanche 25 Novembre 2007 à 11:02
    Bonjour et bienvenue
    Une bonne idée de publier des poèmes. Il serait judicieux de mettre au moins le nom de ce grand poète, Arthur Rimbaud, qui a écrit ce somptueux poème d'après le drame Hamlet de Shakespeare. J'ai fait ce post il y a peu de temps, c'est un plaisir de le retrouver. Bon dimanche.
    2
    Ligeia
    Dimanche 25 Novembre 2007 à 11:13
    Aucun souci
    c'est mon petit côté "prof" qui ressort, j'aime bien citer les auteurs pour qu'on ne les oublie pas et surtout qu'on ait envie de découvrir d'autres oeuvres d'eux. Tu n'as pas à t'excuser de publier un texte que j'ai déjà posté, ils font partie du domaine public et tu l'ignorais forcément, ça m'arrive tout le temps ;-) Je te souhaite bonne chance pour ton blog. Sourires
    3
    Mardi 15 Janvier 2008 à 15:50
    reponse
    tres beau poeme bien choisis joli blog a bientot
    4
    Mardi 19 Avril 2016 à 10:59

    Thinking it is light, ignorance is darkness, ignorance it was heresy for human and most contemptible are those who mistreat subordinates.

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